Entre l'Adriatique et la mer Ionienne, Corfou, appelée également Kerkyra, dégage un air vénitien, mâtiné d’une touche anglaise. Une autre version du dépaysement grec.
Dans son écrin de verdure, Kerkyra (qui signifie “terre belle et riche”), annexée au reste de la Grèce en 1864, ne ressemble à aucune de ses soeurs de l'archipel. Moins aride, elle déroule sur 592km² un tapis de fleurs sauvages parsemé d'oliviers, des paysages ondulants ponctués de vignes et de vergers, de sombres forêts où pointent de hauts cyprès.
Sur cette terre, histoire et mythologie sont intimement liées. C'est le paradis chanté par Homère, qui a fait Corcyre (aujourd'hui Corfou) le lieu de rencontre entre la princesse Nausicaa, la fille du roi Alcinoos, et Ulysse, échoué sur une plage après avoir échappé à la colère de Poséidon.
L'Odyssée dépeint avec précision “la ville avec sa haute enceinte, ses deux ports de part et d'autre, et le chemin de l'isthme au long duquel sont remisés les navires arqués”. Le palais royal d'Alcinoos était vraissemblablement implanté à Paleocastrizza, noyé dans les oliviers sur la côte nord-ouest, qui découpe des anses rocheuses, tapissées ici de sable, là de galets; elles constituent de véritables ports naturels baignés par une eau cristalline, où les nageurs évoluent comme dans un aquarium grandeur nature.
Ce décor fabuleux se découvre en empruntant la petite route qui zigzague jusqu'au sommet du promontoire. Là, au milieu d'une forêt de pins et de chênes-lièges, se dresse un monastère fondé au XIII° siècle, qui pourrait reposer sur les fondations de l'ancien palais d'Alcinoos. Huit popes y vivent dans des cellules noyées sous les vignes, cernées de petits murets chaulés, veillant sur des icônes du XVII° qui évoquent l'influence des peintres vénitiens. En contrebas dans la baie d'une étonnante limpidité, un rocher érodé par les vents et le sel, baptisé le “bateau de pierre”, pourrait être le vaisseau d'Ulysse métamorphosé par le courroux de Poséidon.
Calée entre deux forteresses, la capitale ressemble à un millefeuille byzantin, napolitain, vénitien, turc, français, nappé de crème anglaise au XIX° siècle. Les Britanniques ont laissé un curieux héritage, le cricket auxquels les insulaires s'adonnent chaque été sur la fameuse Spianada, vaste esplanade, dotée d'un terrain impeccablement engazonné.
Autre souvenir de l'époque edwardienne, le “tzitzibira”, bière parfumée au gingembre que les amateurs savourent à la terrasse de l'un des cafés du Liston. Cette allée, dont les blanches arcades évoquent la rue de Rivoli, est devenue le rendez-vous de la jeunesse corfiote. Derrière, s'articule un réseau de venelles pavées, les Kantounia, bordées de façades ocres rehaussées de persiennes vert foncé, des ruelles étroites aux balcons en fer forgé dégoulinant de géraniums et de bougainvillées, et des placettes où chantent des fontaines. Au milieu de ce dédale modelé par quatre siècles d'occupation vénitienne, on pousse la porte de l'église Saint-Spiridon, envahie de bannières et de calices, qui abrite les reliques du saint patron de l'île.
Autre arrêt incontournable au sud de Corfou, l'Achilleion, résidence d'été de l'impératrice Elisabeth d'Autriche, bâtie en 1890 après la mort tragique de son fils Rodolphe. Avec son péristyle pseudo-grec auréolé de statues, ce palais, où le kitsch bavarois est teinté de résiné, illustre l'admiration que Sissi nourrissait pour le héros de “l'Illiade”. L'empereur allemand Guillaume II, qui partageait cette ferveur, racheta la demeure en 1908 et fit élever dans les luxuriants jardins la statue en bronze d'un Achille cuirassé de 11m de haut. Sur le socle on peut lire “au plus grand des Grecs, le plus grand des Germains”.
Il faut aussi s'aventurer dans les douces vallées de l'intérieur, parsemées d'oliviers géants aux troncs gris platine. On en dénombre près de quatre millions, dont une majorité de centenaires, plantés grâce aux primes versées aux paysans par les gouverneurs vénitiens; ce qui explique que l'huile d'olive soit l'une des principales ressources de l'île. Presque toutes les propriétés disposent d'une remise où l'on stocke le matériel nécessaire à la production, comme le montre, accolés à un mur extérieur, les bacs en pierre qui débordent de fruits au moment de la récolte. On s'arrête ici ou là dans un hameau à l'ombre d'une tonnelle qui embaume le muscat, pour se désaltèrer d'un ouzo en picorant olives et dés de féta.
Epargné par le tourisme de masse, le coeur de l'île conserve un charme discret qui a envoûté de nombreux écrivains. A la fin de l'été, les vignes revêtiront leur robe ocre et les raisins ressembleront à des grains d'ambre. En attendant, la côte inondée de soleil scintille sous les assauts caressants des vagues et invite à la baignade.
Carnet pratique
- Langue officielle le grec. Dans les sites touristiques, on parle anglais et français.
- Monnaie : l'Euro.
- Décalage horaire : +1 heure.
- Logement coup de coeur sur la côte ouest : le “Louis Grand Hôtel”, tapi entre les collines verdoyantes et l'immense plage de sable de Glyfada. Forfait à partir de 816 euros en juin, la semaine en 1/2 pension transport aérien compris (brochure Fram).
- Cuisine d'influences italiennes et grecques. Incontournables, les assortiments de mezze à base d'olives, d'aubergines, de calamars. Parmi les spécialités corfiotes, la pastitsada (ragoût de viande agrémenté d'épices), le bourdeto (ragoût version poisson) et les kumquats, petits fruits exotiques importés par les Vénitiens, confits ou en confiture.
- Excursion : une escapade en bateau au départ de Lefkimi sur les îles voisines d' Antipaxos, havre de paix enlacé par des eaux turquoises qui rappelle St-Tropez dans les années 50, et de Paxos, plus grande, un peu plus touristique notamment au village de Gaios.
Office national du tourisme hellénique tél. :
01.42.60.65.75 www.grece.infotourisme.com www.corfu-greece.biz
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